Mon grand-père vient de décéder.
J'ai écrit quelques mots pour parler de ce qui peut y avoir de plus paradoxal dans la filiation : une relation inexistante. Ou du moins, qui nous interroge, nous laisse sur notre faim, parfois même, nous ronge et nous dérange. Et qui, pourtant, laisse un deuil à traverser.
En tant que thanadoula, j'accompagne la mort sous toutes ses formes. Même quand elle est complexe et ambiguë. Même quand le lien était abîmé. Aujourd'hui, c'est ma propre histoire qui me rattrape.
Ce texte, je l'écris pour tous ceux qui vivent ce genre de deuil silencieux : celui d'une relation qu'on n'a pas eue, d'un amour qu'on n'a pas reçu, d'un grand-parent qu'on aurait aimé connaître autrement.
Honorer quelqu'un, ce n'est pas effacer ce qui a été. C'est faire de la place pour ce qui reste.
Un homme que j'ai à peine connu
Qui a perdu la tête
Et l'amour des siens
Par une dureté sûrement héritée
Elle aussi
Alors, qui
Pour mettre fin
Au cycle destructeur
De la remontrance ?
Je n'aurai jamais avec lui de conversations profondes
Je ne saurai jamais ce qui l'avait animé dans le monde
Je me rappellerai des mots qui rabaissent
Contre lesquels personne n'ose rien dire,
Faire ou taire
Je me souviendrai de la question qui tue avant l'heure,
Quel père ?
D'une femme qui n'a pas été aimée telle qu'elle aurait aimé l'être
Je suis la fille de la mère qui a été une fille et je le sens
Elle coule dans mon sang l'amertume
L'âme sans sens perdue dans la brume
La méfiance d'un amour qu'on ne reconnaît pas
Qu'on a décidé d'abdiquer de demander
Qu'on ne croit peut-être même pas mériter
Un amour violent et autoritaire
Qui s'essouffle dans une maison où le temps a cessé
Où le bonheur n'est pas toléré
Était-ce de ne pas savoir ce que c'est ?
Était-ce de la grave maladresse devenue habitude d'être rude pour ne pas perdre la face ?
Je devrai faire le deuil du grand-père que je n'ai pas eu et que je n'aurai jamais
Je dois me sevrer d'un lien qui n'aura jamais existé
Je vais voyager dans mon cœur pour lui rendre son humanité, cet homme grâce à qui je suis née
Je vais tenir la main de ma mère qui a perdu son parent
Je vais tenir les secrets inconscients qui s'effaceront avec les vers qui grugeront
Je vais tenir l'espace pour ce qui reste à venir
Une histoire où nous saurons faire face
Et recommencer à apprendre à nous aimer
Humainement
Solidairement
Totalement
Que puisse régner la douceur
Maintenant que le patriarche est mort.
Vous vivez un deuil compliqué ?
Parfois, le plus difficile est moins de perdre quelqu'un que de faire le deuil d'une relation qui n'a pas existé ou qui a laissé des marques. Je peux vous accompagner, même quand les mots sont difficiles à trouver, à retrouver le sens.
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