Après l’incendie de Saint-Just, une réflexion personnelle sur la possibilité de la perte, l’impuissance et les visages profondément humains de la solidarité.
La semaine dernière, mon conjoint et moi avons été évacués lors de l’incendie de Saint-Just, les flammes menaçaient à 200m de la maison de venir faire un tour de plus près voir si nous y étions.
Pendant quelques heures, nous avons vécu avec cette possibilité très concrète : perdre notre maison alors que nous venions d’y emménager et que toutes nos affaires venaient d’être livrées.
J’ai reçu la visite de plusieurs émotions, madame l’incertitude, sa soeur la peur. Puis la petite voisine, l’impression de ne plus savoir quoi faire. Celle-là était la plus complexe à appréhender. Mais en mêne temps, celle qui m’a demandé de puiser dans ma patience tout en regardant mon nouveau paysage quotidien se dégrader sous mes yeux, sans savoir ce que seront les heures à venir. Sans savoir quand ni comment cela finira.
J’avais préparé un sac d’urgence. Apparemment, tout était déjà dedans. Et pourtant, dans l’état d’alerte où j’étais, je n’arrivais même plus à voir ni à en saisir : mes pièces d’identité, mes clés, introuvables... Mystère. Comme si mon cerveau avait momentanément perdu l’accès à ce qu’il savait pourtant parfaitement. D’ailleurs, ces affaires-là étaient exactement là où elles étaient supposées être.
Et puis il y a eu les messages...
Des proches. Des amis. Des connaissances. Des personnes que nous venions à peine de rencontrer. C’était le même message, comme si une même voix unissait tous ces gens pour nous dire : « Si vous avez besoin, vous pouvez venir chez nous. »
Le “vous” incluait mon conjoint et notre chat âgé et malade...
Je crois que c’est cela qui m’a le plus touchée.
Dans une situation où nous étions totalement impuissants face au feu, il y avait des humains prêts à tendre la main.
J’ai vu les différents visages de la solidarité.
On les a déjà beaucoup nommés mais ils méritent amplement de l’être : les pompiers. les agriculteurs. les bénévoles.
Je suis arrivée récemment dans cette région, c’est un retour dans mon pays, alors, je réapprends les règles au jour le jour. Et au milieu de cette épreuve, j’ai découvert quelque chose de profondément réconfortant : un territoire, c’est surtout, les liens qui se tissent entre les gens. Je suis fière de commencer à m’insérer dans ce tissage solidaire. Au Québec, on utilise l’expression “tissé serré”, elle peut mille fois être employée, dans notre belle campagne saint-justine (de Saint-Just, 35).
En tant que thanadoula, j’accompagne la fin de vie, le deuil, la perte, ces moments où l’on doit apprendre à traverser ce que l’on n’aurait peut-être pas choisi si on nous avait présenté le menu d’avance.
La semaine dernière, j’ai rencontré d’une autre manière la possibilité de la perte.
Perdre une maison, pour certains c’est presque comme perdre une vie. Parfois, autrement, plus. On abandonne malgré soi un lieu qui contient des échos émotionnels de cette vie : des objets, des photographies, des souvenirs d’enfance, des traces de ceux que nous avons été et qui partent en fumée alors que nous allions simplement faire une sieste quand l’alarme a été déclenchée (histoire vécue). Le matériel, ce n’est rarement QUE du matériel.
Et face à cette possibilité de tout quitter, j’ai découvert quelque chose de touchant...
Nous ne pouvons pas toujours empêcher le drame, ni sauver ce qui risque de disparaître. Mais nous pouvons choisir d’être là. Nous pouvons dire oui !
Nous pouvons accueillir, tendre la main, nous rappeler que personne ne devrait avoir à traverser seul ce qui le dépasse.
Alors aujourd’hui, j’ai surtout envie de dire MERCI.
Merci à celles et ceux qui ont combattu le feu.
Merci à celles et ceux qui ont donné. Leur tracteur, leur tonne à eau, leur énergie, ceux qui sont allés acheter des snacks au Intermarché de Redon !
Merci à celles et ceux qui ont proposé un toit, une présence, même quelques mots, de près ou de loin.
Et merci à cette région qui, dans une période où j’aurais pu avoir peur de tout perdre, m’a montré quelque chose d’inestimable, de presque insaisissable, étant donné l’état de frénésie dans lequel tout le village s’est trouvé :
ce que les humains sont capables de donner les uns aux autres quand tout vacille.
Je vous ai trouvés beaux.
Et ça, ça me donne de l’espoir pour tout ce qui nous reste à reconstruire.
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